Alors ? La sélection naturelle aurait-elle du éliminer les girafes ? La loi du plus fort doit-elle être considérée comme une vérité naturelle et définitive ? Malheur aux plus faibles ? Que disait réellement Darwin ? Avait-il « tout faux » ?

Pour lui la nature innove constamment. Loin de refuser la nouveauté, elle la favorise en permanence. C’est l’évolution.

Il voit la sélection naturelle comme un « simple » filtre. Elle ne favorise pas les “meilleurs” ou « les plus forts », mais les individus les mieux adaptés à un contexte environnemental donné.

Entre une sélection systématique du plus fort et une sélection naturelle du mieux adapté, la nuance est de taille. On voit la bien la déviance simpliste qui a conduit à une interprétation erronée de la théorie de Darwin.

Daniel Milo vient l’interroger de manière objective. Il propose un constat consolidé par de nombreuses études scientifiques : en réalité, contrairement à ce qu’on a fait affirmer à Darwin, le vivant tolère largement « l’imperfection ». La Nature innove constamment et « tolère » très bien un « manque d’adaptation » flagrant… comme celui de la girafe.

À l’exigence impérative de l’analyse de risque en innovation, Mère Nature a conclu au risque zéro au sujet de la girafe. Donc l’adaptation dépend bien plus d’un contexte environnemental particulier que d’une sélection naturelle cruelle, impitoyable et favorisant systématiquement les « meilleurs ».

La girafe est donc là. Bien à sa place.

Parenthèse : au-delà de leurs stricts besoins alimentaires, les espèces cohabitent très majoritairement de manière pacifique. Non, la « loi naturelle » dans la Nature n’est pas celle du plus fort. Au prisme de l’actualité géopolitique, il serait bon que d’aucuns embrassent toute la pertinence de ce constat. Merci Monsieur Milo. Fin de la parenthèse.

L’idée principale que je retiens de toutes ces réflexions est celle de la nécessité impérative du doute objectif.

Il serait évidemment inconséquent de jeter le bébé avec l’eau du bain en affirmant que Darwin avait “tout faux”. Ses travaux doivent être compris dans le contexte sociétal et scientifique de son époque (lire à ce sujet l’excellent ouvrage de Graeber et Wengrow « Au commencement était… »). lls doivent être relus avec une impérative objectivité – pour éviter le piège des interprétations simplistes – et éclairés par la lumière de deux siècles de recherches et découvertes scientifiques.

Je crois fondamentalement à cette exigence d’objectivité.
Dans notre rapport à l’Humain, au monde et la société en général.
Dans la Science en particulier, où elle m’apparaît comme la condition première et sine qua non du doute positif, de la recherche, de la découverte.

Et de l’innovation.

L’innovation. Ne pas la redouter. La rechercher, favoriser son émergence, la poser en constante, de manière réfléchie, avec en garde-fou une vraie objectivité critique.

N’est-ce pas là, au fond, le message que nous fait passer Mère Nature sous la plume de Darwin ?

Frédéric FINAPrésident, Directeur scientifique et Co-Fondateur